Conversation
LUI : En fouillant dans mes messages, le hasard des clics me ramène ce message de toi, qui n’avait pas retenu mon attention, ce dans quoi je vois un signe. Je vais y porter un second regard, après une seconde lecture, une disponibilité seconde. J'y vois ce soudain besoin de renouvellement, de dépaysement, de recommencements à partir de bases renouvelées, et alors le bonheur s'appelle le contrôle même au quotidien de cette faculté de renouvellement, ou de la capacité à s'abandonner et lâcher prise en attendant qu'il revienne, ce à quoi l'expérience prépare de plus en plus, donnant une sérénité de roc, de confiance qui permet d'accepter les moments aveugles qui recèlent leurs lendemains.
MOI : Mais oui tout est revenu en place et en force et démultiplié même. Je n’ai jamais travaillé avec autant d’aisance et de connaissance de la justesse de ce que je fais. Et en continuant sur cette lancée, si j’en ai le bonheur jusqu’à la fin, j’aurai fait une peinture qui se démarquera. J’en parle comme quelque chose qui est hors de moi, qui est comme véhiculé par moi, sans aucune gêne ni aucun sentiment d’orgueil. C’est un simple hasard si la persévérance dont j’ai été capable, les capacités que j’ai pu développer me soient arrivées. Et j’en retire énormément de bonheur et me sentirai toujours privilégiée.
LUI : Ces moments d’aveuglement ont une fonction de motivation au sprint suivant…
MOI : C’est vrai que les périodes d’incapacités sont extrêmement ardues et qu’on veut hurler son mal à l’humanité entière et que toujours, à chaque fois on n’y voit jamais la fin des tourments. Oui, l’accepter comme un tremplin qui me propulse plus loin que je n’ai jamais été les fois précédentes. Et les images affluent et la finesse se précise et s’harmonise sous la main plus vite que la pensée. Et le second regard exulte.
LUI : Rudolf Steiner dit que l'homme est là pour spiritualiser la matière, et moi j’ajoute toujours que tout va dans les deux sens, on est donc là aussi pour matérialiser l'esprit, et à toi il faut des pinceaux… Je dirais que le sens de la vie est de s'ouvrir de plus en plus à ce qu'on est, d'où l’on vient où on se retrouve, où l’on est et où on se dirige, bref, d’intuitionner la mesure de cet incroyable kaléidoscope de dimensions infinies qui nous enveloppe, et dont nous sommes. Peu importe l'illusion qui nous fait croire qu'à chaque fois, le maelstrom momentané, c'est la fin du monde. Savoir qu'on ne sait plus mais qu'à nouveau on saura, c'est encore savoir. Nous sommes plus que nous-même, et la vie consiste entre autre à le découvrir !
janvier 2009 |
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A Conversation
HIM: A chance click auspiciously re-opened an earlier e-mail which had somehow escaped my full attention. I’ve been rewarded with a careful, second reading and would like to offer this second, more attentive, response. I sense your powerful desire for some radical departure from your present doldrums. You seek the means to reassess, to renew, to recharge. That profound measure of contentment you achieve in your studio may buttress daily life but, nevertheless, should either the spirit or the imagination falter, you must learn to accept the consequent ‘sightlessness.’ Experience has shown that creativity will, one day, joyfully return. This knowledge should provide an elemental serenity, a confidence that can contemplate the blind fumbling of today as compost for tomorrow’s unexpected treasures.
ME: Yes, things seem to have come full circle with extraordinary, unexpected vigour. Never have I painted with such facility, so sure a sense of the ‘rightness’ of my goal. If I can fruitfully continue my trajectory this body of work will delineate my art. I speak of this motivation as if it exists outside myself – almost an exterior vehicle – with neither embarrassment nor arrogance. This is because I believe that chance alone has nourished my artistic development and fueled my perseverance. And my joy in creating art is linked to a personal measure of responsibility and a sense of abiding privilege.
HIM: Surely these moments of ‘sightlessness’ prefigure bursts of prodigious output.
ME: Without question my dark days of inactivity are emotionally very tough. I want to shriek frustration at all and sundry when, sightless in Gaza, I see no end to my agonies of indecision. Or, I magically redirect this distemper to springboard me further than I have ever travelled before. Images begin to coalesce; subtleties assume definition and harmony as my brushwork outpaces thought. Later, when I revisit this work, my heart delights.
HIM: Rudolf Steiner contends that man’s role is to invest matter with spirituality and I always add that, conversely, this same spirit may itself be ‘materialized.’ In your case this implies the paraphernalia of paint . . . I feel the purpose of life lies in those ongoing revelations of the past, the present and the future which intuit the kaleidoscope of infinite dimensions which both envelops and informs our existence. From time to time a momentary crisis sends illusory signals of Armageddon. To know one can re-learn that which is temporarily storm-lost is the seed of wisdom. We are far, far more than the known sum of our parts; and life consists of exploring this very fact.
January, 2009
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